Un auto-entrepreneur peut-il embaucher un salarié ?

On imagine souvent l’auto-entreprise comme une aventure en solo. En réalité, un micro-entrepreneur peut embaucher. C’est légal… mais pas anodin : formalités d’employeur, coûts, suivi social et paie. Ce guide te donne le cadre, les démarches et les alternatives pour décider sereinement.

🔎 Courte définition de l’auto-entrepreneur

L’auto-entrepreneur (nom d’usage) = micro-entrepreneur (terme officiel) : une entreprise individuelle au régime micro (micro-BIC/BNC) et micro-social, avec comptabilité allégée et plafonds de chiffre d’affaires. Les charges et l’impôt se calculent sur le chiffre d’affaires, sans déduction des dépenses réelles (salaires compris), car un abattement forfaitaire tient lieu de frais.

✅ Peut-on embaucher un salarié ?

La réponse est oui : un auto-entrepreneur (ou micro-entrepreneur) a tout à fait le droit d’embaucher un salarié, que ce soit pour un besoin ponctuel ou sur une durée plus longue. Contrairement à une idée reçue, le régime de la micro-entreprise n’interdit pas l’embauche. Ce qui change par rapport à d’autres statuts, ce sont surtout les limites financières et organisationnelles liées à ce régime simplifié.

En pratique :

  • Vous pouvez recruter un ou plusieurs salariés, en CDD (contrat à durée déterminée) ou CDI (contrat à durée indéterminée), selon vos besoins.
  • Le salarié peut être à temps plein ou à temps partiel, en fonction de la charge de travail que vous souhaitez déléguer.
  • Les mêmes règles du Code du travail s’appliquent que pour toute autre entreprise : contrat écrit obligatoire, déclaration préalable à l’embauche (DPAE), respect du SMIC ou des minima conventionnels, obligations de sécurité, etc.

💡 Important : même si l’embauche est autorisée, il faut garder en tête que les charges liées à un salarié pèsent lourdement sur la rentabilité d’une micro-entreprise, qui a un plafond de chiffre d’affaires limité (77 700 € pour les prestations de service et 188 700 € pour les activités commerciales en 2025).

En résumé :

  • Autorisé : l’embauche est possible dans le cadre légal, sans restriction particulière sur le type de contrat.
  • ⚠️ À anticiper : l’impact sur la trésorerie et la gestion administrative, car un salarié implique des coûts fixes et une organisation plus lourde.

⚖️ Avantages et inconvénients d’embaucher

Embaucher un salarié en tant qu’auto-entrepreneur peut être une opportunité stratégique, mais cela comporte aussi des risques et contraintes. Avant de prendre une décision, il est important de peser les deux côtés de la balance.

Les avantages

  • Augmenter votre capacité de production : un salarié peut vous aider à répondre à une demande plus importante ou à honorer plus de contrats.
  • Se concentrer sur votre cœur de métier : déléguer certaines tâches permet de libérer du temps pour la prospection, le développement de l’activité ou la gestion de projets stratégiques.
  • Apporter de nouvelles compétences : recruter quelqu’un ayant un savoir-faire complémentaire au vôtre peut élargir votre offre ou améliorer la qualité de vos services.
  • Améliorer la satisfaction client : plus de réactivité et une meilleure qualité de service grâce à une meilleure répartition des tâches.

💡 À savoir : l’embauche peut aussi renforcer votre crédibilité auprès des clients, qui voient votre entreprise comme plus structurée et capable de gérer de gros projets.

Les inconvénients

  • Coût important : les salaires et charges sociales représentent un investissement conséquent, parfois difficile à absorber avec le plafond de chiffre d’affaires de la micro-entreprise.
  • Complexité administrative accrue : embaucher signifie gérer les fiches de paie, les déclarations sociales, les congés payés, la sécurité au travail, etc.
  • Risque financier : si votre activité connaît une baisse temporaire, vous devez tout de même assumer la rémunération du salarié.
  • Gestion humaine : recruter implique de manager, former et motiver, ce qui demande du temps et de l’énergie.

📝 Les démarches à réaliser pour embaucher un salarié

Recruter un salarié en tant qu’auto-entrepreneur demande de respecter plusieurs obligations légales. Même si le régime est simplifié pour l’activité indépendante, les règles de droit du travail s’appliquent intégralement dès que vous embauchez.

1️⃣ Déclaration préalable à l’embauche (DPAE)

  • Obligation : déclarer votre futur salarié auprès de l’URSSAF au plus tard 8 jours avant la prise de poste (mais pas plus tôt).
  • Objectif : signaler officiellement l’embauche, immatriculer le salarié à la Sécurité sociale, l’inscrire à la médecine du travail, et activer ses droits sociaux.
  • Astuce : vous pouvez faire la DPAE directement en ligne sur urssaf.fr pour gagner du temps.

2️⃣ Rédaction du contrat de travail

Choix du contrat : CDI, CDD, contrat d’apprentissage ou de professionnalisation.

Clauses obligatoires :

  • Poste occupé et missions
  • Rémunération et modalités de paiement
  • Durée du travail et horaires
  • Période d’essai
  • Durée du contrat (si CDD)

Bon à savoir

Même si la loi permet parfois une embauche sans contrat écrit (pour certains CDI à temps plein), il est vivement recommandé d’en établir un pour éviter tout litige.

3️⃣ Inscription au registre unique du personnel

  • Tenez à jour ce registre dès votre premier salarié.
  • Notez-y les informations essentielles : nom, prénom, date d’entrée, type de contrat, emploi occupé.
  • Conservez-le à jour et à disposition en cas de contrôle.

4️⃣ Affiliations obligatoires

En tant qu’employeur, vous devez inscrire votre salarié :

  • À la médecine du travail (visite médicale obligatoire à l’embauche).
  • À une caisse de retraite complémentaire.
  • À une mutuelle d’entreprise (obligatoire sauf dispense justifiée).
  • À l’assurance chômage (si le salarié y est éligible).

💡 Astuce : certaines de ces démarches peuvent être automatisées si vous passez par un logiciel de paie ou un expert-comptable.

5️⃣ Gestion de la paie et déclarations sociales

  • Bulletin de salaire : à remettre chaque mois, même si le salarié est payé au forfait ou en mission ponctuelle.
  • Déclaration Sociale Nominative (DSN) : à transmettre tous les mois via un logiciel agréé. Si vous avez moins de 50 salariés : au plus tard le 15 du mois suivant.
  • Si vous avez 50 salariés ou plus : au plus tard le 5 du mois suivant.
  • Précision : la DSN remplace la plupart des déclarations sociales et évite les doublons administratifs.

💸 Combien ça coûte d’embaucher un salarié ? (ordre de grandeur 2025)

Embaucher un salarié, même au SMIC, représente un engagement financier qu’il faut bien anticiper. Le coût ne se limite pas au salaire net que percevra la personne : il inclut le salaire brut et l’ensemble des charges patronales.

1️⃣ Le SMIC en 2025

  • Taux horaire brut : 11,88 €
  • Salaire mensuel brut (35 h/semaine) : 1 801,80 €
  • Salaire net approximatif : 1 426,30 € (hors avantages ou retenues spécifiques)

💡 Astuce : le net varie selon la mutuelle, la prévoyance et certaines exonérations (zones franches, emploi aidé…).

2️⃣ Coût employeur total

  • Le coût total pour l’auto-entrepreneur correspond au salaire brut + charges patronales.
  • En 2025, grâce aux réductions générales de cotisations (ex “réductions Fillon”), les charges patronales sont fortement allégées au niveau du SMIC.
  • Exemple au SMIC :
  • Salaire brut : 1 801,80 €
  • Charges patronales : environ 3 à 4 % du brut après allègement (au lieu de 40 % sans exonérations).
  • Coût total employeur : ~1 865 à 1 880 € / mois

📌 Simulation rapide :

ÉlémentsMontant mensuel (35 h)
Salaire net~1 426,30 €
Salaire brut1 801,80 €
Charges patronales~63 à 78 €
Coût total employeur~1 865 à 1 880 €

👉 Testez votre cas précis (convention collective, temps partiel, primes…) sur le simulateur URSSAF.

3️⃣ Éléments supplémentaires à prévoir

Le coût final peut grimper selon :

  • Primes (ancienneté, performance, 13ᵉ mois…)
  • Heures supplémentaires (majorées de 25 % ou 50 %)
  • Mutuelle d’entreprise (part patronale obligatoire)
  • Prévoyance (selon la convention collective)
  • Visite médicale d’embauche et de suivi
  • Logiciel de paie ou prestataire (expert-comptable, service externalisé)
  • Frais de recrutement (annonce, cabinet, tests)

Bon à savoir

Même si les charges patronales sont faibles au SMIC, elles augmentent rapidement dès que la rémunération dépasse 1,6 fois le SMIC.

🔁 Les alternatives à l’embauche

Si embaucher un salarié en CDI ou CDD vous semble trop engageant, sachez qu’il existe des solutions plus souples pour renforcer votre activité. Ces alternatives permettent de répondre à un besoin ponctuel ou de tester une collaboration avant de s’engager durablement.

1️⃣ Sous-traitance / Freelance

Faire appel à un indépendant est flexible et rapide :

  • Pas de contrat de travail, donc pas de paie ni de DSN à produire.
  • Facturation simple : le freelance vous envoie ses honoraires, vous les réglez, et c’est terminé sur le plan administratif.

Idéal pour des missions ponctuelles ou des expertises spécifiques (site web, graphisme, community management…).

⚠️ Attention : si le freelance travaille exclusivement pour vous, avec des horaires imposés et des instructions précises, vous risquez une requalification en contrat de travail par l’URSSAF.

2️⃣ Intérim ou CDD court

  • Adapté aux pics d’activité (soldes, fêtes, événements…).
  • Gestion administrative souvent assurée par l’agence d’intérim.
  • Plus cher à l’heure qu’un CDI, mais idéal pour de très courtes durées.

💡 Conseil : pour un besoin inférieur à 6 mois, l’intérim est souvent plus rapide qu’un recrutement classique.

🧰 Aller plus loin : stagiaire, alternant, TESE

Si l’embauche d’un salarié classique n’est pas adaptée à votre situation d’auto-entrepreneur, il existe d’autres options plus flexibles pour renforcer vos effectifs tout en maîtrisant vos coûts et vos obligations.

Embaucher un stagiaire

Un stagiaire n’est pas un salarié, mais il peut apporter un soutien précieux si vous définissez bien son rôle.

  • Convention tripartite obligatoire entre vous, l’école et l’étudiant.
  • Gratification à partir de 2 mois (4,35 €/h minimum en 2025).
  • Le stage doit être formateur et encadré, pas juste une main-d’œuvre à bas coût.
  • Idéal pour projets ponctuels, missions de communication, prospection ou soutien administratif.

Un stagiaire ne peut pas remplacer un poste permanent. Si ses missions sont identiques à celles d’un salarié, vous risquez une requalification en contrat de travail par l’inspection du travail.

Embaucher un alternant (apprentissage ou professionnalisation)

L’alternance combine contrat de travail et formation diplômante. C’est un investissement sur 12 à 24 mois qui peut s’avérer stratégique si vous voulez former quelqu’un à vos méthodes.

  • Vous bénéficiez d’aides financières ponctuelles (ex. : prime exceptionnelle d’embauche selon les années et les dispositifs).
  • L’alternant apporte un regard neuf et une montée en compétences progressive.
  • Les contraintes administratives sont comparables à un salarié classique (contrat, DPAE, paie).

Utiliser le TESE (Titre Emploi Service Entreprise)

Le TESE, proposé par l’URSSAF, est un guichet unique qui simplifie radicalement les formalités liées à l’embauche.

  • Il automatise la DPAE, le contrat, la paie, les déclarations sociales et les prélèvements.
  • L’adhésion est gratuite et 100 % en ligne.
  • Vous gagnez un temps précieux et réduisez le risque d’erreurs administratives.
  • Attention : certains secteurs et types de contrats sont exclus du dispositif, il faut vérifier votre éligibilité avant de commencer.

Bon à savoir

Embaucher en auto-entreprise reste rare car les plafonds de chiffre d’affaires (188 700 € en activité commerciale, 77 700 € en prestation de services) limitent la rentabilité. Cette option est pertinente uniquement si votre activité génère déjà une marge confortable ou si vous préparez un passage vers un statut plus adapté.

✅ Conclusion

Embaucher en tant qu’auto-entrepreneur est possible, mais ce n’est pas une décision à prendre à la légère. Les démarches restent celles de tout employeur et les coûts, bien que réduits au niveau du SMIC, représentent un engagement qui peut fragiliser la trésorerie d’une micro-entreprise. C’est pourquoi l’embauche doit s’inscrire dans une stratégie réfléchie : augmenter sa capacité de production, déléguer des tâches chronophages, ou préparer une évolution vers un statut de société plus adapté.

L’essentiel est de rester lucide : l’auto-entreprise a ses avantages, mais aussi ses limites. Embaucher peut être un levier de croissance, à condition d’avoir une vision claire de votre développement et d’anticiper l’impact sur votre organisation.

👉 Chez Educademy, nous accompagnons les entrepreneurs à chaque étape de leur parcours. Notre formation “Créer et gérer sa micro-entreprise” vous aide à poser des bases solides : choix du statut, gestion financière, obligations légales, développement commercial. Vous gagnez en autonomie et en sérénité, que vous décidiez de rester en solo ou d’élargir votre équipe.

En somme, embaucher en micro-entreprise peut être une étape clé de votre aventure entrepreneuriale. Bien préparée, elle ouvre la voie à une croissance durable et à une structuration progressive de votre activité. 🚀

Questions fréquentes

Un auto-entrepreneur peut-il embaucher plusieurs salariés à la fois ?

Oui, rien n’interdit à un auto-entrepreneur d’embaucher plusieurs personnes simultanément. La seule limite est la capacité financière et la charge de gestion que cela implique. Plus vous avez de salariés, plus vos obligations administratives, sociales et fiscales augmentent. Par exemple, avec plusieurs employés, il faut gérer les congés croisés, organiser le suivi du temps de travail et assurer un encadrement suffisant. Dans ce cas, l’utilisation d’outils RH ou le recours à un expert-comptable devient presque indispensable.

Est-il préférable de passer en société avant d’embaucher ?

Ce n’est pas une obligation, mais c’est souvent plus avantageux de passer en société (SASU, EURL, etc.). Cela permet de bénéficier d’une meilleure protection juridique du patrimoine personnel, d’ouvrir des possibilités de développement plus larges grâce au capital social ou à l’arrivée d’investisseurs, et parfois de profiter d’un régime fiscal plus adapté lorsque la masse salariale augmente.
Si vous envisagez de développer une équipe ou d’accueillir un associé, anticiper la transformation de votre statut avant l’embauche peut vous éviter des démarches lourdes et coûteuses par la suite.

Comment éviter la requalification en contrat de travail avec un freelance ?

Pour éviter toute requalification, vous devez préserver l’indépendance du prestataire. Concrètement, cela signifie de ne pas lui imposer d’horaires fixes ni de lieu de travail régulier, de ne pas lui fournir d’outils imposés sauf en cas de nécessité technique, et de bien formaliser les objectifs ainsi que les livrables dans un contrat de prestation clair. En cas de contrôle, l’URSSAF s’intéresse avant tout à la réalité de la relation de travail et non à ce qui est écrit sur le papier. Si un lien de subordination est avéré, il existe un risque de requalification avec, à la clé, une régularisation des charges sociales sur plusieurs années.

Peut-on payer un stagiaire plus que la gratification minimale ?

Oui, et c’est même un excellent levier d’attractivité. En proposant une gratification supérieure au minimum légal (4,35 €/h en 2025), vous augmentez vos chances d’attirer des profils motivés et qualifiés. De plus, une meilleure rémunération renforce l’engagement et la satisfaction du stagiaire, ce qui est bénéfique pour la qualité du travail fourni. Attention toutefois : un stage bien rémunéré peut attirer des candidats plus exigeants, donc soyez clair sur les missions et objectifs.

Les aides à l’embauche sont-elles accessibles aux auto-entrepreneurs ?

Oui, certaines aides sont ouvertes aux auto-entrepreneurs, mais elles dépendent de critères précis : type de contrat (apprentissage, professionnalisation), profil du salarié (jeune, demandeur d’emploi de longue durée, etc.), et secteur d’activité. Par exemple, l’aide exceptionnelle à l’embauche d’un apprenti ou d’un contrat pro est encore disponible certaines années. Il est important de vérifier chaque dispositif sur le site officiel de France Travail ou du ministère du Travail avant de signer un contrat.

Comment gérer la paie si on n’a aucune expérience ?

Si vous ne maîtrisez pas la paie, plusieurs solutions s’offrent à vous : utiliser un logiciel de paie simple et automatisé (comme PayFit ou Sage), faire appel à un expert-comptable ou à un prestataire spécialisé, ou encore recourir au TESE de l’URSSAF qui centralise toutes les formalités. L’objectif est clair : éviter les erreurs, car une simple omission sur une fiche de paie ou une déclaration sociale peut entraîner des pénalités financières.